La notion de punition

Il faut bien l’admettre, nous en demandons beaucoup à nos chiens au quotidien, non pas qu’ils ne puissent s’adapter à notre environnement, ils en sont tout à fait capables et ils y trouvent toutes sortes de gratifications, mais parce que nous allons leur demander d’inhiber, d’oublier ou de rediriger la plupart de leurs comportements spontanés et naturels.

Quel maître a envie d’entendre son chien aboyer pour un oui ou pour un non, quel maître a envie que son chien ne revienne pas au rappel, même lorsqu’il est lancé en chasse derrière un lapin, quel maître a envie que son chien morde quand il est dérangé, ou encore quel maître a envie d’être accueilli par un chien sauteur, de le voir faire des trous dans le jardin, de grogner pour garder son os ou sa gamelle…

La plupart des comportements que nous désirons voir adoptés par nos chiens pour qu’ils deviennent des compagnons agréables à vivre sont des comportements que la plupart d’entre eux n’adopteraient pas spontanément.

Quant aux maîtres, la plupart ne connaissent que l’autorité (obliger l’autre à…) comme mode de communication pour faire comprendre à leur chien que tel comportement n’est pas appréciable et apprécié et qu’il ferait mieux de l’oublier.

Étant une adepte des méthodes amicales et positives, et plus particulièrement du clicker-training, il m’a souvent été rétorqué par les sceptiques : “Mais il faut bien les punir, on ne peut toujours les récompenser”.

Alors est-il vraiment réaliste de penser que nous pouvons éduquer nos chiens sans les punir ?

L’un des conditionnements les plus importants nous enseigne qu’il y a trois conséquences possibles suite à une action volontaire, et bien entendu la conséquence désagréable en fait partie. Elle fait partie intégrante du processus d’apprentissage. En conséquence, il n’est pas irréaliste de penser que la punition a un effet inhibiteur sur un comportement donné.

En revanche, ce que nous connaissons moins, c’est l’existence de deux types de conséquences désagréables appelées plus communément punitions :

– La punition positive est la plus répandue et la plus connue, c’est la punition qui vient tout de suite à l’esprit lorsque l’on se sent menacé ou agressé (culturellement, socialement, individuellement…). C’est le coup de journal, le coup de pied, les cris, les saccades… C’est par définition ajouter un stimulus désagréable.

– La punition négative est, quant à elle, moins utilisée et beaucoup moins connue, probablement parce qu’elle ne fait pas appel à notre réactivité émotionnelle. C’est la punition qui apprend à l’autre que son comportement lui fait perdre quelque chose qu’il aime. C’est par définition retirer un stimulus agréable.

Exemple de la punition positive : Je désire jouer avec mon maître qui tient une balle en main, je saute d’excitation et de joie, mais je constate que, lorsque je saute, je reçois un coup de genou dans le poitrail.

Exemple de la punition négative : Je désire jouer avec mon maître qui tient une balle en main, je saute d’excitation et de joie, mais je constate que, lorsque je saute, la balle disparaît et éventuellement le jeu avec.

Dans le premier exemple, nous pouvons obtenir une diminution des sauts, à condition que nous réagissions de manière systématique aux sauts du chien (c’est-à-dire qu’il nous faudra produire la même réponse à chaque fois que le chien sautera), mais nous risquons dans un même temps d’éteindre la motivation du chien à jouer, et nous constaterons également que le chien ne sautera plus pendant le jeu avec son maître (en supposant qu’il ait encore envie de jouer après ça), en revanche il sautera toujours avec les autres.

Dans le deuxième exemple, nous pouvons obtenir une diminution des sauts si nous réagissons au bon moment, tout sera une question de timing. En revanche nous obtiendrons en plus un chien qui gardera sa motivation au jeu et qui généralisera facilement son comportement aux autres personnes.

La punition négative a une vraie valeur d’enseignement, car elle permet au chien de savoir quel comportement lui fait perdre ce qu’il veut obtenir. Elle le rend attentif à son environnement et à tout ce qui y est associé, sans qu’il en ait peur. À l’opposé, la punition positive enseigne au chien à avoir peur de sa spontanéité comportementale et à se méfier de son environnement et ce qui y est associé.

Doit-on alors oublier un mode de punition pour un autre ?
Les punitions aident nos chiens à retenir les leçons qu’ils doivent tirer de l’environnement c’est un fait.

Il est quelquefois utile que nos chiens se méfient de la conséquence de leur comportement et qu’ils réfléchissent à deux fois avant de réagir.

Cependant, la véritable question à se poser n’est-ce pas la suivante : Est-ce que je veux éteindre définitivement ce comportement, avec toutes ses correspondances émotionnelles et mentales, ou est-ce que je veux éteindre cette façon qu’a mon chien de se comporter pour obtenir ce qu’il désire tout en respectant son bien-être émotionnel ?

Autrement dit, quand nous sommes en interaction avec eux, voulons-nous punir la façon dont ils interagissent ou l’interaction elle-même ?

Alors la question peut-être, n’est plus de punir ou de ne pas punir nos chiens, mais de comprendre ce que nous entendons par punition, de définir nos objectifs et d’être honnête avec nos intentions vis-à-vis de l’autre.

Car de toute évidence la punition, quelle soit positive ou négative n’apprendra jamais à un chien à bien se comporter.

Son pouvoir réside dans la seule évidence pour l’autre d’éviter de reproduire un comportement. Seule l’action de récompenser enseigne à l’autre quel comportement est gratifiant.

La récompense reste de toute évidence la clef de voûte d’une bonne communication et d’un enseignement à double sens.

 

Source : Catherine COLLIGNON, éducatrice de chien de compagnie spécialisé en rééducation comportementale, en comportement et en clicker-training.
 
 
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